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L’impact des jeunes à haut potentiel au niveau familial, social, scolaire – Partie 2

L’expérience de l’asbl REPERES est active dans l’accompagnement des adolescents et de leurs familles. Ils ont régulièrement des jeunes identifiés Haut Potentiel. L’article de référence cité en note[1] nous permet d’argumenter notre expérience.

 

… au niveau familial

La présence d’un enfant à haut potentiel au sein d’une famille mobilise bien légitimement une grande part de l’attention des parents. Les décisions à prendre sur le plan scolaire, la curiosité intellectuelle que nous avons évoquée dans l’article précédent ou le mal-être de l’enfant sont autant de sujets qui demandent beaucoup de temps pour être traités avec soin.

Cette situation particulière provoque parfois une certaine jalousie au sein de la fratrie, qui peut également se sentir dévalorisée. Le rang de l’enfant au sein de celle-ci, le nombre de frères et sœurs présents dans la famille,… influenceront la qualité des relations entre les différents enfants. L’aîné, par exemple, qui verra souvent son rôle mis à mal par la présence d’un enfant à haut potentiel de deux ans son cadet, pourrait plus facilement perdre confiance en lui. Cependant, un dialogue ouvert au sein de la famille sur la question du Haut Potentiel et sur les besoins de chacun permet généralement d’éviter ce genre de dérives.

Les parents d’un enfant à haut potentiel sont également amenés à remettre constamment en question leurs principes éducatifs. Par une logique implacable, ce type d’enfant négocie les décisions, argumente sans cesse pour comprendre la règle (et/ou en trouver les failles), relève toute divergence de points de vue entre les adultes, leur demande sans cesse des explications et des justifications, …ce qui peut être source de tensions pour la famille.

S’ils sont souvent mis à mal, les parents de l’enfant à haut potentiel restent cependant le point de repère, la sécurité de celui-ci. Cette attache est, pour ce type d’enfant, d’une importance capitale au vu de leur anxiété exacerbée et de leur grand besoin d’affection. Le but de leurs comportements, qui paraissent insolents, est souvent d’être rassuré sur la stabilité de cette sécurité, mais les actes posés sont parfois difficiles à décoder…

Beaucoup d’énergie et de réflexion, en famille.

 

… au niveau social

Le phénomène de dyssynchronie, déjà abordé dans le précédent article, est le décalage entre leur intelligence en avance et un développement affectif et psychomoteur moins précoce peut représenter pour ces jeunes des difficultés auprès des enfants de son âge. Ils ont des centres d’intérêt différents. Ils risquent de s’isoler et parfois de s’enfermer dans des activités solitaires. Difficile pour elles, pour eux d’y trouver des amis. Ils seront rejetés, risquent de devenir des souffre-douleurs.

Ces jeunes chercheront la compagnie de jeunes plus âgés qui ont sensiblement le même type de raisonnement qu’eux et y feront des rencontres avantageuses. Mais ne s’engageront pas dans une relation d’amitié en raison des préoccupations pré-adolescentes, notamment sexuelles de ses amis. Tous les Haut-Potentiels ne présentent pas ce type de difficultés.

 

… au niveau scolaire

Les jeunes à haut potentiel apprennent plus tôt et plus vite que les autres enfants, mais ils apprennent surtout d’une façon qualitativement différente. Malgré leurs capacités remarquables, certains jeunes ne s’adaptent pas aux rythmes et aux méthodes des études scolaires ; il peut arriver qu’ils n’obtiennent que des résultats moyens ou faibles. Il arrive qu’ils cachent aux autres leurs potentialités.

Nous avons constaté que, soit, ils se feront oublier ou perturberont la classe par des comportements que les enseignants ne comprennent pas. Il peut arriver qu’ils soient relégués au dernier rang et étiquetés « mauvais élèves ».

Les jeunes à haut potentiel ne sont pas nécessairement ceux qui obtiennent les meilleurs résultats scolaires, ni ceux qui sont les plus attentifs. Ils sont parfois tellement en avance qu’il est difficile de les occuper ou de les intéresser. L’enseignement traditionnel n’est pas nécessairement adapté à ces jeunes. Il ne leur propose pas toujours un environnement assez stimulant.

Beaucoup d’enfants à haut potentiel réussissent très en dessous de leurs possibilités. Nous avons constaté dans leur accompagnement que leur rapport à l’autorité et aux systèmes rigides, ainsi que leur perpétuel questionnement sur le bien-fondé des choses ou sur des contenus peu ordinaires, leur impatience et leur rapidité de réflexion, ébranlent le système scolaire.

 

Constats :

  • ils travaillent de manière le plus souvent originale, adaptant les consignes. Les évitant aussi, les détournant à leur avantage, grâce à leur créativité.
  • Ils rêvassent. Ils sont dans leur « bulle ».
  • Donc, à terme, ils se marginalisent.

 

Dans nos rencontres, nous les ramenons constamment à ce qu’il-elle devait réaliser. Parce qu’il-elle explique, raconte, commente des faits dont ils se souviennent. Après les avoir écoutés, nous intervenons : qu’est-ce que tu es sensé réaliser, maintenant. Nous reviendrons sur ce que tu disais après.

 

A l’école, les réactions d’ouverture ou de rejet du système engendrent soit une adaptation relative avec des moments d’ennuis, soit l’exclusion, avec en définitive et le décrochage.

 

L’entrée dans l’adolescence les confronte à de réelles difficultés scolaires qu’ils ne manquent pas d’expliquer dès qu’il-elle est en confiance :

  • je manque de confiance en moi, je pourrais rater ou je vais rater. L’image qu’ils sont d’eux-mêmes – d’elles-mêmes est ramollie.
  • Ils se trouvent dépourvus : avant, à l’école primaire et au premier degré, ils n’avaient pas besoin de travailler pour réussir, maintenant, ils se sentent largués.
  • Si ces jeunes ratent, c’est qu’ils n’ont plus confiance dans leur intelligence, et qu’ils n’ont pas les outils et méthodes adéquats. Nous insistons sur la mémoire procédurale, pour qu’ils travaillent étape par étape selon une procédure systématique ordonnée : je relis à haute voix les cours de la journée, de 45 minutes ou 30 minutes, – selon la résistance de leur concentration -, pour vérifier ma compréhension des cours de la journée et en cas de doute, je pose la question au professeur concerné. Puis, je fais une pause active de 15 minutes, puis je réalise les travaux, la préparation des contrôles.
  • Nous les faisons travailler avec un agenda-planning papier pour qu’ils prennent l’habitude d’anticiper le temps. Nous partons parfois de leur smartphone en doublant le relevé de ce qu’ils veulent ou doivent faire. Cela les rassure. Ils reprennent confiance progressivement parce qu’ils maîtrisent de mieux en mieux leur temps.
  • Nous voyons avec eux différentes techniques d’analyse-synthèse qui correspondent à leur personnalité.
  • Nous prenons en considération leurs atouts mais aussi leurs difficultés spécifiques, ce qui suppose avant tout une reconnaissance de leurs différences. Le principal enjeu pour le jeune à haut potentiel est de continuer à vivre, à s’épanouir malgré le décalage constaté, plus ou moins bien supporté par lui-même et par son entourage.
  • Il n’existe aucune solution ou recette miracle qui conviendrait d’emblée à tous les jeunes à haut potentiel. Tous les enfants sont différents et les solutions à développer doivent s’envisager au cas par cas.

Le jeune homme ou la jeune fille qui n’a plus confiance en ses capacités et ne dispose pas de méthodes de travail adéquates pour « combler ses lacunes », risque alors de fuir l’école, de refuser de se confronter à une réalité qu’il craint douloureuse ; il préfère décrocher plutôt que d’encourir le risque d’échouer.

Finalement, ce qui pouvait apparaître comme de trop grandes facilités d’apprentissage (ou ce qu’on pourrait qualifier d’une trop grande efficience intellectuelle) peut, dans certains cas, engendrer l’échec scolaire. Bien sûr, toutes les situations ne se présentent pas sous cette forme extrême… Certains jeunes peuvent avoir un parcours scolaire moins difficile, voire harmonieux.

 

Le besoin d’activités extrascolaires

En général, si tous les jeunes sont différents dans leurs envies et leur tempérament, un trait de caractère commun se retrouve chez la majorité d’entre eux : une grande curiosité.

  • Il est pertinent, de les guider dans le choix de leurs lectures. C’est ce que nous faisons à Repères-asbl. Nous leur proposons des livres correspondant à leurs centres d’intérêt. Nous élargissons le choix en collaboration avec la bibliothèque communale.
  • Nous leur proposons d’accéder à des sites multimédia pour découvrir les nouvelles technologies ou avancer dans la maîtrise de leurs passions. Nous proposons des sites leur permettant de progresser dans les matières un peu à la traine.
  • Nous allons proposer des visites de musée, des expositions, des programmes de cinéma, à partir d’octobre 2019, pour l’ensemble des étudiants que nous accueillons.
  • La plupart des jeunes qui participent à nos rencontres sont inscrits dans des clubs de sport (football, volley, tennis, cyclotourisme … ; des mouvements de jeunesse).

Ces activités sont souvent favorables aux relations sociales. L’aspect psychomoteur de l’activité peut parfois être mentionné et indique le bénéfice que le jeune peut en tirer.

 

Les difficultés rencontrées lors des diverses activités sont de trois ordres :

  • abandon de l’activité lors d’une crise identitaire, succession d’essais, difficultés d’intégration voire mal-être dû à la collectivité, sensibilité à l’échec ou à l’exigence des animateurs… Ces abandons sont réguliers.
  • Ces activités, quelles qu’elles soient, constituent un coût considérable pas facile à assumer par les familles

 

Envisager la scolarité des jeunes à Haut Potentiel

Pour les familles, planifier une rencontre école – famille – C.P.M.S.

  • En effet, une telle initiative peut contribuer à mettre à plat les idées de chacun quant à l’analyse qu’ils font de la situation actuelle et en devenir. Il est important de s’assurer que chacun comprenne la portée des attentes et conséquences envers l’autre.

Des possibilités pédagogiques existent au sein même des établissements.

Certains jeunes à Haut Potentiel peuvent parfois trouver une voie qui leur convient au sein d’établissements qui se démarquent par une pédagogie moins « traditionnelle » :

  • écoles organisées autour de projets spécifiques proposant des pédagogies actives ;
  • écoles proposant une immersion linguistique ;
  • écoles permettant des assouplissements d’horaire sous forme, par exemple, de modules optionnels ;
  • les « petites écoles rurales » proposant des classes regroupant plusieurs années de la scolarité, dans l’enseignement primaire ou dans des classes avec moins d’élèves, dans le secondaire : certains jeunes à haut potentiel peuvent trouver une solution adéquate dans cette formule leur permettant une avancée dans le domaine intellectuel, tout en côtoyant des enfants de leur âge ; etc.
  • On peut également noter que certains enseignants (et/ou établissements) parviennent à trouver des « solutions pédagogiques » qui peuvent être très bénéfiques aux enfants à haut potentiel (comme à tous les enfants d’ailleurs) : 
    • la mise en place d’une pédagogie différenciée.
    • Des mesures d’accélération qui peuvent consister en une modification du rythme d’acquisition de certaines matières: permettre aux élèves à Haut Potentiel d’avancer dans la matière du cours selon leur intérêt ; permettre à ces élèves de se mettre au service de la classe.
    • Des mesures d’enrichissement qui consistent à donner l’accès à un plus grand nombre d’informations en vue de permettre l’aboutissement à une synthèse signifiante et non l’acquisition de connaissances quantitatives qui n’ont pas de sens pour la plupart des élèves.
    • Des mesures d’approfondissement organisées ponctuellement pour les élèves en demande.

 

Ces mesures ont pour objectif de permettre aux enfants ou aux adolescents de creuser certains domaines en profondeur en fonction de leurs intérêts.

 

On leur fournit alors un complément pédagogique dans une ou plusieurs des matières enseignées ; on les incite à la participation à des activités ouvertes pour développer leur créativité.

  • Modifications dans la manière de présenter ou d’aborder certains contenus (on met alors l’accent sur l’abstraction, sur les défis, sur une étude des différentes techniques ou méthodes possibles, …).
  • Mise en place d’activités de tutorat ; etc.

 

La mise en œuvre de telles mesures ont fait l’objet de diverses études. Les résultats de celles-ci soulignent leurs effets bénéfiques. Cependant, puisque chaque enfant, chaque ado est unique, celles-ci ne conviennent pas à tous. C’est pourquoi, d’autres mesures plus structurelles peuvent être envisagées.

 

Ce sera le thème du troisième article consacré aux jeunes à Haut Potentiel.

 

[1] Recherche-action inter universitaire – Université Libre de Bruxelles – Université de Liège – Université    Catholique de Louvain – Université Mons-Hainaut – Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur.