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Les jeunes à « Haut potentiel » ? Partie 1

Surdoués, intellectuellement précoces, gifted, haut potentiel

la multiplicité des appellations témoigne de la situation complexe de ces jeunes. Le terme HAUT POTENTIEL est un terme plus adéquat parce que sa vison est plus ouverte, disent les spécialistes [1]. Régulièrement, l’asbl REPERES accueille certains de ses adolescents, je vous livre les observations que j’ai eu l’occasion de poser en argumentant selon l’article cité en référence.

 Leurs caractéristiques particulières

Elles ne se limitent pas à la sphère intellectuelle. Les domaines affectifs, relationnels, sociaux, biologiques sont à considérer. Ils montrent une grande diversité sur le plan interindividuel, ce ne sont pas des prodiges, ces traits sont aussi observables chez de nombreux enfants, mais leur conjonction et leur organisation créent la situation particulière des jeunes à haut potentiel.

Les origines du haut potentiel

De multiples débats sur la question affirment que les potentialités élevées sont d’origine génétique, d’autres hypothèses soutiennent qu’elles sont le fruit de l’environnement. Mais est-ce si important ? Chacun de nous possède une part qui lui est transmise à la naissance. C’est également le cas des enfants à haut potentiel, mais ce potentiel, s’il n’est pas exploité, n’a pas de valeur en soi. Il est probable que ces enfants ont à la naissance d’importantes capacités exploitables, mais les conditions de leur développement jouent un rôle tout aussi important.

 L’intelligence multiple

Les recherches d’Howard Gardner adoptent un regard global sur la personne, plutôt que de les considérer comme inadaptés. Cela ouvre à un changement de regard et d’attitudes vis-à-vis des jeunes à haut potentiel (et de l’ensemble des adolescents). Ces derniers sont considérés sous plusieurs facettes. La compétence cognitive humaine décrite comme un éventail de capacités et d’aptitudes, d’habiletés mentales que Gardner appelle « intelligences ». L’intelligence est plurielle précise Sternberg. Pour l’entourage éducatif (au sens large), cette vision plus ouverte permet de se centrer sur les forces, les faiblesses et les besoins particuliers de chaque enfant ou adolescent.

 Les indices pouvant éveiller les soupçons dans la petite enfance

Ces enfants sont décrits comme très vifs dès la naissance :

  • ils se montrent très réactifs à l’environnement et recherchent l’interaction avec l’adulte.
  • Ils présentent, de manière spontanée, un bouillonnement intérieur, ce qui permet de les différencier d’enfants doués qui sont hyper stimulés.
  • Leur démarrage est rapide et très actif, plus que chez les enfants du même âge. Ils atteignent très tôt un niveau d’abstraction élevé (pensée conceptuelle, catégorielle, …). Ils présentent rarement des troubles moteurs mais s’investissent très peu dans des activités comme le découpage, le picotage, l’écriture, le graphisme, … ce qui peut, à tort, conduire à les identifier comme des enfants présentant des difficultés d’ordre psychomoteur. Leurs médiocres performances éventuelles résultent plus d’un manque de motivation pour certaines activités que de réels problèmes. Ils présentent un décalage repérable entre l’âge chronologique, la maturité psychoaffective, la maturation biologique et le niveau intellectuel. Ce syndrome de dyssynchronie interne pose, d’entrée de jeu pour l’enfant, le problème de la complexité de la gestion de ces différents niveaux qui cohabitent en lui. C’est ainsi que des difficultés d’intégration peuvent parfois être constatées très tôt dans la scolarité.
  • Ces enfants montrent des motivations et des centres d’intérêts qualitativement différents de ceux des enfants du même âge. En effet, leur soif d’apprendre se manifeste très tôt et pour des matières comme les sciences, la philosophie, la métaphysique, les mathématiques, … Ils se posent des défis à eux-mêmes et vont à la rencontre du savoir. On constate une apparition et une maîtrise précoces du langage : construction de phrases complexes et précises, vocabulaire étendu, …
  • Ils se montrent créatifs dans des domaines divers et cela s’exprime notamment sur le plan du langage à travers le maniement de l’humour, des jeux de mots, …
  • Ces enfants sont hypersensibles et peuvent, très tôt, faire preuve d’une conscience de soi et d’une compréhension particulièrement aiguë de la réalité du monde : ils décodent rapidement les situations, sont vite touchés sur le plan émotionnel et éprouvent le besoin d’être sécurisés.

Cette hypersensibilité, conjuguée à des capacités intellectuelles très élevées, les pousse à expérimenter, à explorer leur environnement avec beaucoup de passion, tolérant mal la frustration et l’échec.

 

Leur psychisme est bouillonnant.

Ils se montrent volontiers perfectionnistes, exigeants avec eux-mêmes et entiers dans leur manière de ressentir les événements et les situations. C’est ainsi que, dans un contexte contraignant, restrictif ou conflictuel, ils adoptent rarement une attitude de compromis.

Des situations anxiogènes liées au questionnement qui les inspire, les fragilisent sur le plan affectif. Leur mal-être bien réel se traduit, entre autres :

  • par des peurs nocturnes, une anxiété diffuse, un sentiment d’insécurité non maîtrisé par le raisonnement, une forme d’instabilité de l’humeur, des rêveries diurnes, de l’opposition, du négativisme, du pessimisme, …
  • Dès l’enfance, un sentiment de solitude les habite très fréquemment.

 

Dans quelles circonstances peut-il être utile d’identifier le haut potentiel ?

Leur identification ne répond pas à un projet élitiste quelconque. Il s’inscrit dans une optique de développement personnel qui est de reconnaître chaque individu comme une personne, à la fois unique et différente des autres, c’est-à-dire possédant des ressources à exploiter mais aussi en proie à certaines difficultés.

Ces enfants, ces adolescents n’ont pas toujours la possibilité de développer pleinement leurs atouts par manque de stimulations adéquates et d’espaces ouverts leur permettant de se réaliser :

  • le fonctionnement de l’école dans ses règles est souvent vécu comme une contrainte : lever le doigt, rester à sa place, ne pas se retourner …qui peut nourrir la frustration, et, à terme, engager la fragilisation psychologique, relationnelle. A la clé : rupture totale avec l’école.
  • Nous désirons permettre aux adolescents de ne pas interrompre leur scolarité en acceptant les réflexions souvent provocatrices, en évitant les règles de principes.
  • Nous valorisons la curiosité de ces élèves en leur confiant des recherches sur internet pour qu’ils comprennent la raison d’être des savoirs proposés.

Il y a autant de situations vécues par ces jeunes que d’individus concernés :

  • parfois, ils se fondent dans la masse des élèves tentant de se faire oublier.
  • Ou alors, ils provoquent sans cesse les autres élèves et les professeurs, au point d’être exclus des cours et de passer leur temps scolaire à l’étude à faire des travaux qui le plus souvent ne seront pas corrigés.
  • Ou encore, ils adoptent une attitude délinquante pour se faire remarquer.

Me revient en mémoire, une étudiante de 5ème secondaire, qui au moment où je la félicitais pour ses potentialités, m’a envoyé dans les roses par cette phrase cinglante : vous n’allez pas vous y mettre aussi, j’en ai marre que l’on me parle de ça, ma mère n’en finit pas de me le rappeler. J’ai l’impression d’être une bête de foire. Si je suis ici, c’est pour apprendre à structurer mon travail à l’école. Je suis larguée.

L’identification du haut potentiel est utile, parce que, parfois, le jeune peut éprouver des difficultés manifestes.

 

Comment identifier ces enfants et ces adolescents ?

Chaque jeune est à considérer dans sa globalité, avec ses forces et ses faiblesses.

Dresser une liste de caractéristiques comme modèle du haut potentiel reviendrait dès lors à nier l’aspect dynamique du phénomène. Ces caractéristiques vont s’exprimer différemment selon chaque enfant et selon le contexte dans lequel il évolue. Seule une approche la plus ouverte possible, guidée par une méthodologie rigoureuse, permet d’appréhender ce potentiel.

 

Le bilan psychologique : une mise en perspective

  • Tous les adolescents identifiés « Haut potentiel » que nous accueillons ont été suivis par un psychologue. Le bilan psychologique constitue une méthode d’évaluation très riche mettant en perspective les compétences du sujet, les modalités d’investissement de son efficience, ses capacités à tolérer ou à assumer échec et/ou réussite, ses modalités relationnelles et introspectives ou encore ses capacités à jouer, à recourir au fantasme et, enfin, ses capacités d’élaboration des conflits et de gestion des pulsions.
  • Ce bilan psychologique lève l’incertitude si difficile à vivre pour l’enfant lui-même comme pour sa famille. La dissipation des doutes à propos de la cause des difficultés de l’enfant donne du sens et produit souvent, à elle seule, un effet très bénéfique et redynamisant pour tous. Ces situations ne nécessitent pas forcément un suivi psychologique de soutien ou thérapeutique ; néanmoins certains contextes le demandent. En dégageant les points problématiques et les points forts de la dynamique psychique de l’enfant, le bilan permet à chacun (école, famille, …) d’aider l’enfant en ajustant mieux attitudes, attentes, exigences et méthodes d’apprentissage.

 

L’évaluation du QI ne constitue qu’une étape dans le bilan plus global du fonctionnement de l’enfant ou de l’adolescent et s’effectue avec les échelles de Wechsler : WIPPSI-R, WISC-III et WAIS. Du point de vue du QI, un enfant est considéré comme ayant un haut potentiel à partir de 125-130 de QI total. Un QI de 125 situe l’enfant au percentile 95, ce qui concerne 5% de la population ; 130 de QI situe l’enfant au percentile 98, ce qui correspond à 2% de la population. Il faut entendre ces normes comme des repères et non comme des barrières.

 

Constats effectués dans l’accompagnement des adolescents Haut Potentiel

  • Ils pensent plus vite qu’ils n’écrivent: nous proposons des outils de prise de notes, nous proposons des synthèses de cours en pyramide parce que le plan des cours est structuré hiérarchiquement. Nous lui apprenons à prendre des notes selon l’approche du Map-mapping.
  • Ils parlent très vite, au point que ce qu’il ou ce quelle dit est largement incompréhensible : nous lui demandons de répéter, dès qu’il-elle s’apprête à parler, nous l’invitons à articuler et à parler calmement. Il prend conscience qu’il parle trop vite.
  • Son écriture est parfois illisible. Quand nous appliquons les techniques du schéma en pyramide ou du Map-mapping, l’écriture se structure.
  • Ils sont curieux de tout : ils veulent savoir votre avis, donner le leur, l’ordinateur est pour eux, très souvent, un outil pour explorer le monde, ils apprécient rendre compte de leurs découvertes, certains vous interrogent pour vérifier que vous savez. Et si vous ne savez pas, ils vous expliquent. Leur curiosité est toujours difficile à gérer.
  • Ils sont inquiets en permanence : il faut régulièrement les rassurer (C’est bien ce que tu dis … ; tu as bien compris. Si tu es arrivé-e jusqu’en 4ème ou 5ème secondaire, c’est que tu es capable de réussir la suite des études secondaires). Ils ont besoin d’être compris et d’être aimé pour ce qu’ils sont.
  • Ils aiment , en général, lire  des livres d’anticipation. Ils aiment les jeux on-line. Une manière de se réfugier dans un monde qu’ils peuvent maîtriser par le rêve ?

 

La curiosité intellectuelle des jeunes à haut potentiel suscite de nombreuses réflexions. En effet, il est bien agréable pour des parents d’avoir un enfant qui a soif d’apprendre, mais quand les repas ou les soirées ne sont plus qu’une suite d’interminables questions auxquelles il n’est pas toujours facile de répondre, cette curiosité devient parfois embarrassante : les parents se demandent s’il est bon de répondre à toutes leurs interrogations et peuvent se sentir dépassés.

 

L’adulte, hélas, ne pourra répondre à toutes leurs questions tout au long de leur existence. N’est-ce pas un leurre de leur faire croire ?

Dans notre prochain article nous considéreront l’incidence du Haut Potentiel au niveau familial, social et scolaire.

 

[1] Recherche-action inter universitaire – Université Libre de Bruxelles – Université de Liège -Université Catholique de Louvain – Université Mons-Hainaut – Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur